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Bukavu : Vivre sous les lignes à haute tension, une proximité qui interroge la santé et la sécurité des habitants

Des pylônes métalliques surplombant les habitations, des câbles électriques traversant des espaces résidentiels et des installations implantées sur des terrains parfois fragilisés : dans plusieurs quartiers de Bukavu, la proximité des infrastructures électriques avec les populations soulève des préoccupations qui dépassent la seule question de la distribution de l’énergie.

Une enquête de terrain menée par Congo Uni Média du 29 octobre au 4 novembre 2026 met en lumière cette réalité dans les communes de Kadutu, Bagira et une partie d’Ibanda. Entre les interrogations liées à l’exposition prolongée aux champs électromagnétiques, les risques d’accidents électriques et la vulnérabilité de certaines infrastructures, cette cohabitation mérite une attention particulière.

À Bukavu, les réseaux électriques traversent des quartiers densément peuplés. Dans plusieurs secteurs, des habitations se trouvent à proximité de poteaux, de pylônes et de lignes électriques, parfois au milieu des espaces de circulation et de vie quotidienne.

Les observations réalisées par Congo Uni Média concernent notamment Nyakaliba, Nyamugo, Cimpunda et Nkafu, dans la commune de Kadutu, Panzi dans la commune d’Ibanda ainsi que Nyakavogo et Ciriri, dans celle de Bagira.

Dans certains endroits, les installations électriques dominent les habitations ou longent des passages fréquentés quotidiennement. D’autres sont implantées dans des environnements caractérisés par des pentes et des sols fragilisés, alors que l’urbanisation réduit progressivement les espaces disponibles.

L’exposition aux champs électromagnétiques : une question sanitaire encore étudiée

L’une des principales interrogations concerne l’exposition aux champs électriques et magnétiques générés par les lignes à haute tension. Contrairement aux accidents électriques, dont les conséquences peuvent être immédiates, cette exposition est invisible et ne provoque pas nécessairement de symptômes perceptibles.

Les champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence sont produits par le courant électrique qui circule dans les conducteurs. Leur intensité dépend notamment du courant transporté, de la configuration des lignes et de la distance par rapport aux câbles.

Leur présence dans les environnements résidentiels soulève des questions sur les éventuels effets d’une exposition quotidienne et prolongée, particulièrement chez les enfants.

En 2002, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), une agence spécialisée de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), a classé les champs magnétiques d’extrêmement basse fréquence dans le groupe 2B, celui des agents « peut-être cancérogènes pour l’homme ».

Cette classification repose notamment sur des études épidémiologiques ayant observé une association statistique entre une exposition résidentielle prolongée à des champs magnétiques relativement élevés et la leucémie infantile. Elle ne signifie toutefois pas qu’un lien de causalité a été démontré. Les données scientifiques restent limitées et ne permettent pas d’affirmer que vivre à proximité d’une ligne électrique provoque un cancer ou d’autres maladies.

Pour les habitants d’Ibanda, Kadutu et de Bagira, la question est donc de disposer de mesures objectives des niveaux d’exposition dans les habitations les plus proches des installations, plutôt que de tirer des conclusions sanitaires à partir de la seule présence des pylônes.

Quand la proximité des lignes devient un danger physique

Si les effets sanitaires d’une exposition prolongée aux champs électromagnétiques continuent de faire l’objet de recherches, les dangers liés aux accidents électriques sont, eux, bien établis.

Un câble sous tension qui se détache, une ligne qui tombe à proximité d’une habitation ou un pylône dont la structure est fragilisée peuvent transformer un incident technique en accident grave, voire mortel.

L’électrocution peut entraîner un arrêt cardiaque, des brûlures profondes, des lésions neurologiques et des atteintes musculaires. Selon les circonstances, un accident électrique peut également provoquer des incendies, des chutes et d’autres traumatismes.

Les enfants peuvent être particulièrement exposés lorsque les installations se trouvent à proximité des cours, des chemins de passage ou des espaces de jeux. Leur méconnaissance des dangers électriques peut les conduire à s’approcher de câbles ou de structures présentant des risques.

Les travaux de construction et certaines activités quotidiennes sous les lignes constituent également des situations à surveiller. Une personne qui intervient sur une toiture, utilise une échelle métallique ou manipule une longue pièce de métal à proximité d’un conducteur peut être exposée à un arc électrique, même sans contact direct avec le câble. Le respect des distances de sécurité est donc essentiel.

Bukavu, une ville où les mouvements du sol compliquent la sécurité des installations.

La question prend une dimension supplémentaire dans une ville dont plusieurs secteurs sont exposés aux glissements de terrain, aux éboulements et aux déformations du sol.

Une étude scientifique publiée en 2017 dans la revue Geo-Eco-Trop, consacrée à la vulnérabilité des réseaux de distribution d’eau et d’électricité à Bukavu, apporte des éléments importants sur cette problématique.

Sur les itinéraires étudiés, les chercheurs ont recensé 657 installations électriques, comprenant 603 poteaux de moyenne tension, 17 pylônes de haute tension et 37 cabines électriques.

Selon cet inventaire, la commune de Kadutu comptait 123 installations, dont huit pylônes de haute tension, tandis que Bagira en comptait 111, dont trois pylônes de haute tension. Ces chiffres correspondent au périmètre étudié en 2017 et ne constituent pas un décompte actualisé de toutes les installations présentes dans ces communes.

L’étude a notamment identifié le secteur de Nyamugo, sur le feeder Saio, parmi les zones où les pylônes de haute tension étaient particulièrement affectés par les déformations du sol. Elle a également relevé des dommages touchant certaines infrastructures électriques dans les secteurs examinés.

Ces résultats soulignent que la sécurité des réseaux ne dépend pas uniquement de l’état des câbles, mais aussi de la stabilité des supports qui les transportent. Lorsqu’un pylône est installé sur un terrain soumis à des mouvements, la déformation de son assise peut compromettre sa stabilité et accroître les risques de détérioration ou d’effondrement.

Entre urbanisation et responsabilité des services techniques

Au-delà des interrogations sanitaires, l’occupation des espaces situés sous les lignes électriques soulève des questions de sécurité publique et d’aménagement urbain.

Les constructions réalisées à proximité des infrastructures de transport d’électricité peuvent compliquer les interventions techniques, réduire les distances de sécurité et exposer les habitants à des accidents. Dans une ville comme Bukavu, où les contraintes foncières et la densification des quartiers sont importantes, la prévention nécessite une vigilance particulière.

La SNEL, les autorités communales et les services chargés de l’urbanisme ont ainsi un rôle essentiel à jouer dans le suivi de ces installations, l’entretien des équipements, le contrôle des distances de sécurité et la sensibilisation des populations.

Il ne s’agit pas de remettre en cause la nécessité de l’approvisionnement en électricité, indispensable au fonctionnement des ménages et des activités économiques. Il s’agit plutôt de s’interroger sur les conditions dans lesquelles les infrastructures sont implantées, entretenues et sécurisées au milieu des populations.

À Kadutu comme à Bagira, la proximité entre les installations électriques et les habitations appelle donc une évaluation technique rigoureuse. Des mesures des champs électromagnétiques, une inspection de l’état des pylônes et des câbles ainsi qu’un suivi des zones exposées aux mouvements du sol permettraient de mieux apprécier les risques et d’orienter les mesures de prévention.

L’accès à l’électricité ne devrait pas se faire au détriment de la sécurité des populations. À Bukavu, cette exigence mérite désormais des réponses concrètes.

Une enquête de Congo Uni Média, dans la ville de Bukavu.

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