La guérison de la maladie à virus Ebola ne marque pas toujours la fin des souffrances pour les personnes qui y ont survécu. En République démocratique du Congo (RDC), de nombreux anciens patients continuent de faire face à la stigmatisation, à la méfiance de leur entourage et à des difficultés économiques, selon Médecins Sans Frontières (MSF).
Dans un communiqué consacré à l’accompagnement psychosocial des personnes touchées par l’épidémie, l’organisation humanitaire souligne que le retour à la vie quotidienne reste difficile pour certains survivants.
Phoebe Zueya Yonkeu, responsable des activités de santé mentale au centre de traitement de MSF à Mongbwalu, rapporte que plusieurs anciens patients ont été victimes de discrimination après leur sortie des structures de soins.
« Beaucoup confient avoir été victimes de stigmatisation lorsqu’ils sont rentrés chez eux, avoir perdu leur emploi ou avoir été rejetés par leur communauté, qui les croyait encore contagieux », explique-t-elle.
Au-delà de l’exclusion sociale, les séquelles psychologiques constituent également un défi majeur. La perte de proches durant l’épidémie plonge certains survivants dans un profond sentiment de culpabilité et de détresse émotionnelle. Selon MSF, certains vont jusqu’à s’interroger sur leur responsabilité dans la transmission du virus à des membres de leur entourage, alors que ces situations échappent souvent à leur contrôle.
Pour répondre à ces difficultés, MSF organise des consultations psychologiques individuelles ainsi que des groupes de parole réunissant les survivants et leurs familles. L’organisation considère cet accompagnement comme essentiel pour favoriser la reconstruction psychologique des anciens patients et leur réintégration au sein de leurs communautés.
Parallèlement, les autorités sanitaires renforcent les capacités de surveillance et de diagnostic des maladies dans le pays. Une délégation du ministère de la Santé, conduite par le directeur de cabinet, le Dr Romain Muboyayi, et le professeur Jean-Jacques Muyembe, a effectué une visite au Laboratoire de santé publique de Kisangani.
Construit et équipé par l’Unité de gestion du Programme de développement du système de santé (UG-PDSS), dans le cadre des projets REDISSE IV et HEPRR financés par la Banque mondiale, ce laboratoire a pour mission de renforcer les capacités nationales de diagnostic et de surveillance épidémiologique. Il doit notamment contribuer à la détection précoce des épidémies et à une réponse rapide et efficace aux urgences sanitaires.
En Ituri, la sécurisation des opérations d’enterrement digne et sécurisé (EDS) constitue également une préoccupation majeure. Le bourgmestre de la commune de Mbunya, à Bunia, a réaffirmé son engagement à garantir la sécurité des volontaires de la Croix-Rouge affectés à ces interventions, après plusieurs actes de violence signalés au cimetière de Mbiyo.
Ces incidents, enregistrés à trois reprises au cours des derniers jours, menacent la continuité des opérations essentielles à la prévention de la propagation du virus Ebola. En déplacement dans sa juridiction le lundi 2 novembre, le commissaire supérieur Jean-Marie Fwamba a échangé avec les équipes chargées des enterrements dignes et sécurisés. Il les a rassurées quant à la volonté des autorités de prendre des mesures pour les protéger contre les intimidations et les actes de violence dans les cimetières.
Sur le plan épidémiologique, la situation demeure préoccupante dans la zone de santé de Beni. Au 1er novembre 2026, celle-ci comptabilisait 720 cas confirmés d’Ebola et 476 décès. L’épidémie affecte également le secteur éducatif, avec environ 18 établissements scolaires concernés.
Malgré ces inquiétudes, le directeur provincial de l’Éducation, Norbert Bisimwa, plaide pour le maintien des activités scolaires. Il appelle toutefois à une application rigoureuse des mesures barrières ainsi qu’au renforcement de la surveillance sanitaire dans les établissements afin de limiter les risques de propagation du virus.
La lutte contre Ebola ne repose donc pas uniquement sur la prise en charge médicale des personnes infectées. Elle nécessite également la protection des intervenants, le renforcement des capacités sanitaires, la prévention dans les milieux scolaires et, surtout, la lutte contre la stigmatisation des survivants.
Par la rédaction

