Dans une lettre ouverte adressée aux autorités congolaises et aux responsables de l’AFC/M23, l’archevêque métropolitain de Bukavu, Mgr François-Xavier Maroy Rusengo, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences du bras de fer politico-administratif autour de la gestion des établissements d’enseignement supérieur dans l’est de la République démocratique du Congo. Il appelle les deux parties à privilégier la responsabilité, le dialogue et la protection du droit à l’éducation.
« Remets ton épée au fourreau » (Jean 18, 11). C’est autour de cette référence biblique que Mgr François-Xavier Maroy Rusengo a placé son appel du 10 octobre 2026, adressé au ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire à Kinshasa ainsi qu’aux responsables de l’AFC/M23.
Dans un contexte marqué par des années de violences armées et de déplacements de populations dans l’est de la RDC, l’archevêque s’inquiète des répercussions des tensions politiques et administratives sur les institutions éducatives, particulièrement les universités publiques de Goma et de Bukavu. Au-delà des divergences entre les autorités, il met en avant les conséquences de cette situation sur les étudiants, les enseignants et les familles.
Un bras de fer autour de la gestion des universités.
Selon les éléments évoqués dans la lettre, la crise s’est accentuée à la suite des initiatives de l’AFC/M23 visant à mettre en place ses propres structures administratives dans les zones sous son contrôle.
Entre le 29 mai et le 25 juin 2026, des responsables administratifs et financiers auraient été désignés au sein d’universités publiques de Goma et de Bukavu. Le 7 août suivant, le mouvement aurait également procédé à la désignation de nouveaux comités de gestion dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur de la région.
Ces décisions ont suscité une réaction des autorités centrales. Dans un communiqué daté du 10 août 2026, le ministère de l’Enseignement supérieur et universitaire a condamné ces initiatives, annoncé des mesures à l’encontre des personnes concernées et ordonné la fermeture des établissements visés, selon les informations rapportées dans le dossier.
Cette confrontation place les communautés universitaires dans une situation particulièrement préoccupante. Les étudiants risquent de voir leur parcours académique perturbé, tandis que les enseignants et les autres membres du personnel sont confrontés à des incertitudes administratives et professionnelles.
La possibilité de poursuivre les études dans d’autres universités du pays, évoquée par les autorités nationales, soulève également des difficultés pratiques pour de nombreux étudiants, notamment en raison des coûts de déplacement, du logement et des conditions de sécurité.
L’Église appelle à protéger les étudiants et les enseignants
Dans sa lettre, Mgr Maroy rappelle la responsabilité de l’Église en matière d’éducation et d’accompagnement des populations éprouvées par la crise. Il insiste sur la nécessité de ne pas faire de l’enseignement un terrain supplémentaire d’affrontement entre les parties en présence.
S’appuyant sur la mission éducative et sociale de l’Église, l’archevêque attire l’attention sur les difficultés des jeunes, dont l’avenir risque d’être compromis par les décisions administratives prises dans un contexte de conflit.
Pour illustrer la gravité de la souffrance humaine, il reprend cette formule attribuée à un poète malgache : « La vie n’est pas un spectacle, un homme qui crie n’est pas un ours qui danse, une mer de douleurs n’est pas un aquarium. »
À travers cet appel, le prélat invite les responsables concernés à mesurer les conséquences humaines de leurs décisions et à rechercher une issue qui préserve les acquis académiques des étudiants.
Par la rédaction

