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Environement

Sud-Kivu : à Bukavu, les déchets plastiques s’accumulent malgré les opérations d’assainissement.

À Bukavu, le retour de la saison de pluie remet au premier plan la question de la gestion des déchets plastiques. Dans plusieurs quartiers, bouteilles plastiques et sachets continuent de s’accumuler le long des routes, dans les caniveaux et les rivières, avant d’être entraînés vers le lac Kivu.

Selon le média Debout RDC, la ville produit plus de 400 tonnes de déchets solides par jour. Une situation préoccupante dans un contexte sanitaire marqué notamment par le choléra, la rougeole et Ebola au Sud-Kivu.

Au premier trimestre 2026, la Division provinciale de la santé a enregistré 4 607 cas de choléra, dont 67 décès. À Bukavu, Médecins Sans Frontières poursuit notamment la prise en charge des malades dans la zone de santé d’Ibanda.

Si aucun lien direct n’est établi entre les déchets plastiques et ces épidémies, plusieurs acteurs alertent sur les conséquences sanitaires de l’insalubrité. Fin mai, la société civile d’Ibanda avait notamment dénoncé l’accumulation prolongée des déchets issus des travaux communautaires, communément appelés « salongo », le long des routes.

Des opérations de nettoyage aux résultats discutés

Face à cette situation, la mairie de Bukavu, dirigée par Nicolas Kyalangalilwa, a multiplié les opérations d’assainissement. En août dernier, des travaux de nettoyage ont été organisés dans plusieurs quartiers, avec la mobilisation de camions-bennes et d’engins.

Les autorités ont également appelé les structures chargées de la collecte à respecter leurs programmes de ramassage et invité les habitants à éviter de brûler les déchets.

Cependant, ces interventions ne semblent pas encore apporter une réponse durable. En juillet, le journal Le Souverain Libre rapportait que des familles continuaient à déposer leurs ordures aux coins des rues, dans l’attente de leur évacuation.

Le bilan du programme « Mois vert », lancé en mars 2026 avec l’appui de la Coopération suisse, illustre également ces difficultés. Alors que ses initiateurs annonçaient la plantation de plus de 20 000 arbres et des opérations de collecte des plastiques, une enquête de Debout RDC et Mkulima a relevé, quelques mois plus tard, des arbres desséchés ou disparus ainsi que des caniveaux toujours encombrés, notamment à Luziba.

La Coopération suisse a défendu le caractère ponctuel de cette initiative de sensibilisation, tout en regrettant une décision municipale qui aurait accordé à une seule entreprise le monopole de la collecte des déchets dans la ville. Une décision qui, selon elle, aurait fragilisé la collaboration entre les différents acteurs du secteur.

Le plastique, une menace aussi pour la centrale de la Ruzizi

Au-delà de la pollution des quartiers, les déchets constituent une menace récurrente pour les installations hydroélectriques de la Ruzizi.

En mars 2022, la Société nationale d’électricité (SNEL) avait signalé une importante accumulation de déchets à la centrale de Ruzizi I, provoquant l’arrêt de turbines et un déficit de 20 mégawatts sur le réseau.

Des problèmes similaires avaient été rapportés en octobre 2023 et en septembre 2024, avec des perturbations de la production électrique et des délestages dans plusieurs quartiers de Bukavu.

Aujourd’hui encore, les eaux de ruissellement transportent des bouteilles et autres déchets vers les cours d’eau. Selon des témoignages recueillis auprès des riverains, la rivière Kawa charrie notamment des ordures provenant de plusieurs quartiers avant de rejoindre le lac Kivu. Une situation qui alimente les craintes d’inondations pendant cette période pluvieuse.

Le recyclage, une piste encore à développer

Malgré ces difficultés, des initiatives locales tentent de transformer les déchets en opportunités économiques.

La start-up Young Web Africa a développé BukavuGreen, une application qui récompense les habitants engagés dans la collecte des déchets par des points échangeables contre des recharges électriques, des forfaits Internet ou des produits alimentaires.

De son côté, Plastycor transforme les matières plastiques récupérées en objets réutilisables. Un projet pilote soutenu par le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a également permis l’installation de pavés fabriqués à partir de plastique recyclé sur un trottoir de la ville.

Pour Pascal Masilya, professeur d’université et expert en environnement, la lutte contre l’insalubrité doit devenir une priorité pour les autorités, avec des mesures concrètes et, si nécessaire, des sanctions contre les comportements polluants.

Fiacre Kalugusha, militant de la LUCHA, insiste notamment sur l’éducation au tri des déchets dès l’école primaire et l’aménagement de décharges adaptées dans les quartiers.

Reconnu par l’article 53 de la Constitution congolaise, le droit à un environnement sain suppose également une responsabilité collective.

À Bukavu, l’enjeu dépasse désormais les simples opérations de nettoyage. La régularité de la collecte, le tri à la source, le recyclage et l’implication des habitants seront déterminants pour limiter la pollution des cours d’eau et préserver l’environnement urbain.

Par CITO Cito Barhadosanya Deogratias.

📸 Images d’illustration : VIJANA SHUJAA

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